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lundi 14 novembre 2016

L'Affaire Aurore S. - Gilles Milo-Vacéri




Je n'ai lu que peu de romans policiers dans ma vie, mais je sais pourtant que celui-ci sort son épingle du jeu ! Grégoire, écrivain, quitte sa chère Provence pour partager la vie d'Aurore, dont il est éperdument amoureux. Mais non loin de là, dans la forêt de Rambouillet, la Bête rode et fait des ravages... Un animal sauvage ? Pire que ça : un humain ! Alors quand Aurore disparaît en ne laissant derrière elle qu'un étrange mail de rupture, Grégoire ne peut qu'imaginer le pire...
Ce roman policier fait preuve d'un réalisme certain, autant dans la description de l'action que des pensées et sentiments des personnages. L'histoire parait bien plus vraisemblable que certaines intrigues policières, souvent uniquement concentrées sur l'enquête et qui en oublie la vie privée des enquêteurs et des victimes. Ici, nous sommes servis !
J'ai aimé le style de Gilles Milo-Vacéri et son souci du détail, et son innovation de mettre sur un pied d'égalité la traque du tueur et l'histoire d'amour des protagonistes. Un polar d'un nouveau genre qui ne laissera pas les adeptes en reste mais qui pourra aussi plaire aux curieux voulant s'essayer au roman policier.

~


Merci à l'auteur d'être venu frapper à la porte de la librairie pour se présenter. Et je remercie les Editions du 38, et particulièrement Anita Berchenko pour m'avoir envoyé un exemplaire de ce roman.

lundi 12 septembre 2016

Quand soufflera le vent de l'aube – Emma Fraser


 Quand la jeune Isabel Mackenzie quitte Édimbourg pour la petite île de Skye, elle croit qu'elle n'aura rien à y gagner. C'est pourtant là qu'elle décidera de la façon dont elle veut mener sa vie. Fille de docteur, elle a toujours voulu être infirmière, mais en suivant son père elle prendra goût à la chirurgie et fera tout pour suivre ses pas. Et parce qu'elle veut se consacrer toute entière à ce métier si fermé aux femmes, elle doit renoncer aux avances d'Archie, un fils de métayer ambitieux et rêveur, et dont la petite sœur – Jessie – souhaite aussi devenir infirmière.
Dès le premier jour pourtant, leurs destins sont liés : autour de leurs ambitions, si grandes dans cette île si petite où tout se sait et, bientôt, par un grand secret jalonné de non-dits .
A la suite d'un événement mystérieux, Archie quitte Skye pour l'Amérique tandis qu'Isabel part pour Edimbourg se former à la médecine. Quand Jessie quitte enfin l'île à la mort de sa mère, ses pas suivront ceux d'Isabelle en Ecosse, puis en France et en Serbie quand la Première Guerre Mondiale éclate, leurs deux destins au coeur des combats.

Ce roman est tiré d'une histoire vraie, celle des infirmières et des doctoresses de'Hôpital féminin écossais, qui ont vraiment eu leur rôle à jouer durant la guerre de 14-18. Je dirai que ce livre est un roman féminin, dans sa particularité qu'il montre à quel point les deux sexes doivent se soutenir pour grandir. Les deux figures féminines croisent une multitudes d'hommes, avec des visions de la place de la femme très diverses.
l
Quand soufflera le vent de l'aube, c'est un combat de bout en bout : pour rêver dans une société qui le leur refuse, pour imposer leurs ambitions quoi qu'il arrive... et pour leur survie, la leur et celle des autres surtout.



Emma Fraser / Quand soufflera le vent de l'aube / paru aux éditions Robert Laffont en 2016 / 520 pages

lundi 15 août 2016

Comment j'ai piqué la petite amie alien de Johnny Depp – Gary Ghislain


Le père de David est un psychiatre renommé de la région parisienne. On lui confie la charge de Zelda, une jeune fille pour le moins étrange... Tout le monde s'accorde pour dire qu'elle est folle, et on peut les comprendre en entendant sa version des faits : Zelda se présente comme une alien de 235 ans venue de la planète Vahalal. Elle aurait atterri sur Terre afin de trouver son élu et le ramener avec elle dans l'espace.
Du pur délire bien sûr ! Même David ne peut s'empêcher de rire quand elle lui raconte ses sornettes. Pourtant, le garçon ne tarde pas à être charmé par la jeune fille. Il ne la croit pas vraiment, mais il veut voir où tout cela peut les mener.
Ils s'enfuient donc à la recherche de l'élu, obligés de se cacher pour échapper à la famille de David et à la police. David est affublé du titre de « Poudine » et devient le guide de Zelda dans la capitale. Mais pas facile de passer inaperçus en plein Paris, avec une fille au comportement extravagant et vêtue d'un unique bikini (la tenue réglementaire vahalalienne). Heureusement pour eux, la demi-sœur de David, Malou, accepte de s'embarquer dans l'aventure pour les aider à trouver l'élu.
J'ai failli oublier un détail ! Ce fameux élu que Zelda doit emmener sur Vahalal, c'est Johnny Depp !



Ce roman, un peu bizarre au premier abord, devient réellement addictif, car on est de plus en plus intrigués par la jolie Zelda. Serait-elle vraiment une extra-terrestre ?! Le style s'améliore au fil des pages, et les commentaires de David, narrateur de cette histoire, deviennent vraiment désopilants. Et je ne parle même pas des situations cocasses dans lesquels ils se trouvent plongés !
Un bon roman pour ados ou pour adultes, qui se lit vite et bien mais que vous n'oublierez pourtant pas de sitôt !


En bonus : un petit extrait de ce qui vous attend en ouvrant ce livre...

«  Tu ne t'y prends pas bien, explique Zelda. Tu dois d'abord toucher la cible, et après tu lances la pomme en inversant le temps par la force de ton esprit. C'est la seule manière de courber l'espace entre toi et l'artefact. Tu comprends? C'est de la psychophysique de base.
Jolie théorie, que j'envoie toutefois balader.
- Pourquoi tu ne veux pas l'avouer, tout simplement?
- Quoi?
- Que tu as juste eu un coup de pot, ou alors que tu es superdouée pour lancer des trucs. Pourquoi il faut toujours que tu inventes une histoire farfelue pour tout?
- Tu ne sais pas courber le temps, Terrien? Pas même un tout petit peu?
- Un jour j'ai cassé la montre de papa, ça compte?
- Nom de Zook! dit-elle en se frappant le front contre la vitre. Cette planète est complètement primitive!  »

Bonne lecture ;-)


Gary Ghislain / Comment j'ai piqué la petite amie alien de Johnny Depp / publié en France en 2012 aux éditions de La Martinière Jeunesse / 235 pages

dimanche 31 juillet 2016

Le Secret de la manufacture des chaussettes inusables - Annie Barrows


 Layla Beck a toujours été ce qu'on appelle une "fille à papa", jusqu'à ce qu'elle refuse d'épouser l'homme qu'on lui destine. Là, bien obligée de se prendre en main et de trouver un travail pour palier l'absence d'argent ! Grâce à son oncle, elle est envoyé dans la petite fille de Macedonia, Virginie Occidentale, pour écrire un livre sur l'histoire de la ville. Très peu enthousiaste et pleine de préjugés, Layla va pourtant vite se prendre d'affection pour la famille Romeyn, qui l'accueille durant son séjour. N'y a-t-il rien de plus intrigant que la vie d'une petite bourgade où tout le monde se connait depuis des générations, et où les événements sont altérés par la subjectivité de chacun ?

"The Truth According To Us", le titre original du roman, reflète parfaitement les enjeux de ce dernier : Layla doit trouver la vérité de la ville derrière les suppositions des habitants et les faits qu'ils affirment inébranlables. Mais où trouver la vérité quand les habitants eux-mêmes ne savent pas ce qu'il s'est réellement déroulé ? Parmi les secrets de la ville, aucun n'est plus important que celui de la manufacture des Inusables Américaines et le fait divers qui y est attaché depuis plus de trente ans, dans lequel les Romeyn ont joué un rôle crucial.

Le roman nous propose d'explorer la ville et l'intimité de ses habitants à tratrois femmes : la jolie Layla nouvellement indépendante ; l'adorable Jotie Romeyn, femme au coeur d'or qui se sacrifie chaque jour pour sa famille ; et sa nièce, l'intrépide et espiègle Willa.
vers les destins de
Toutes les trois cherchent la vérité, mais ce n'est qu'ensemble qu'elles la trouveront...

Un fantastique roman où on retrouve la patte d'Annie Barrows, que vous avez déjà probablement croisé en lisant son Cercle littéraire des amateurs d'épluchure de patates ! J'aime ces romans qui se déroulent dans le cadre intime d'une petite ville où on croit que rien ne peut rester secret bien longtemps, mais qui porte pourtant son lot de scandales et de non-dits, des personnages attachants et d'autres que l'on déteste... une bonne recette !



Annie Barrows / Le Secret de la manufacture des chaussettes inusables / Paru aux éditions Robert Laffont en 2015 et en poche aux éditions 10/18 en 2016 / 696 pages

dimanche 17 juillet 2016

Le liseur du 6h27 – Jean-Paul Didierlaurent


«  Certains naissent sourds, muets ou aveugles. D'autres poussent leur premier cri affublés d'un strabisme disgracieux, d'un bec-de-lièvre ou d'une vilaine tache de vin au milieu de la figure. Il arrive que d'autres encore viennent au monde avec un pied-bot, voire un membre déjà mort avant même d'avoir vécu. Guylain Vignolles, lui, était entré dans la vie avec pour tout fardeau la contrepèterie malheureuse qu'offrait le mariage de son patronyme avec son prénom. Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait retenti à ses oreilles dès ses premiers pas dans l'existence pour ne plus le quitter.  »


Guylain Vignolles a, en plus de son nom à coucher dehors, une existence très peu palpitante, solitaire, et un travail qu'il exècre. Dans l'entreprise, c'est lui qui commande "la Chose", une machine qui détruit les vieux livres destinés à redevenir de la pâte à papier. Mais malgré sa grande cruauté, la Chose épargne chaque jour quelques feuilles qui restent coincées tout au fond de sa gueule béante. Ces feuilles rescapées, Guylain les récupère chaque soir et en fait la lecture aux passagers du RER de 6h27 chaque matin. Sorte de troubadour des temps modernes, il déclame à voix haute ses extraits de romans sans connexion aucune, avant de les abandonner sur le strapontin une fois arrivé à sa station.
Un matin, Guylain trouvera sur ce même strapontin une clef usb, probablement tombée de la poche de son propriétaire. A l'intérieur, le journal intime de Julie, une dame pipi travaillant dans un grand centre commercial. Amusé par les écrits de ce petit brin de femme à la langue bien pendue, Guylain va lui rendre hommage en lisant ses textes dans le 6h27, tout en partant à la recherche de leur propriétaire.

Mais Le Liseur du 6h27, ce n'est pas que Guylain et Julie, les feuilles rescapées et la clef usb. C'est aussi un petit groupe de retraités enthousiastes et admirateurs des lectures de Guylain. C'est Giuseppe, un cul-de-jatte en quête des restes de ses jambes. C'est également Yvon, qui préfère déclamer des vers plutôt que de s'exprimer comme le commun des mortels. C'est Rouget de Lisle, le poisson rouge.
Le Liseur du 6h27, c'est une galerie de personnages attachants et complètement loufoques qui ne pourront pas vous laisser indifférents...



Jean-Paul Didierlaurent / Le liseur du 6h27 / paru au Diable Vauvert en 2014 et chez folio en 2015 / 193 pages pour l'édition de poche

dimanche 19 juin 2016

Je suis là - Clélie Avit


Le frère de Thibault est admis à l'hôpital après un accident de voiture où, ivre, il a renversé deux adolescentes. Incapable de lui pardonner, Thibault se contente d'emmener sa mère jusqu'à la chambre et de l'attendre dehors. Mais alors qu'il veut aller patienter dans les escaliers, il pénètre par erreur dans la chambre d'une autre patiente. Il se rend vite compte qu'Elsa n'est pas simplement endormie : victime d'une chute en montagne, elle est plongée dans le coma depuis plusieurs mois. Certain que sa visite passera inaperçue, Thibault s'autorise un petit somme.
Pourtant, Elsa suit le manège de son visiteur avec délectation. Depuis six semaines, elle est réveillée, consciente de ce qui l'entoure grâce à son sens de l'ouïe qui s'est remis à fonctionner.


Contraint de se rendre régulièrement à l'hôpital, Thibault va poursuivre ses visites à Elsa (toujours ponctuées d'une petite sieste !), parlant à la jeune femme en étant persuadé qu'elle ne l'entend pas. Au contact de Thibault, de sa franchise et de sa spontanéité rafraîchissante, Elsa fait des progrès. Elle veut se réveiller pour faire la connaissance de celui qui apparaît comme un arc-en-ciel au milieu des visites moroses de ses proches.
Sans aucun réel échange, une forme de dialogue toute particulière se noue pourtant entre ses deux êtres que le destin semble avoir réuni (mais que c'est guimauve !!!)


J'ai vraiment apprécié cette histoire, qui m'a d'abord fait pensé à Et si c'était vrai de Marc Levy. D'ailleurs, je préfère nettement ce dernier à cause d'une raison très simple : le style ! Ceux qui trouvent déjà l'écriture de Levy trop simple, ne lisez pas Je suis là, qui l'est encore plus ! Je dois même avouer que cela m'a dérangé au début, tellement les marques d'oralité sont nombreuses à mon goût...
Mais à part ça, ce petit roman était vraiment sympathique à lire, tout en légèreté et donc parfait pour les vacances d'été !



Clélie Avit / Je suis là / paru chez Lattès en 2015 et en poche en 2016 / 235 pages

dimanche 5 juin 2016

L'Ombre du vent - Carlos Ruiz Zafon



Dans une Barcelone de ténèbres qui se relève difficilement de la guerre, le jeune Daniel Sempere se réveille sans pouvoir se rappeler le visage de sa mère défunte. Son père, libraire généreux et mélancolique, le guide alors à travers la ville vers un lieu méconnu et mystérieux : le Cimetière des Livres Oubliés.
Contre la promesse de garder l'existence de cet endroit secrète, Daniel gagne le droit de s'enfoncer dans le labyrinthe des étagères et d'y prendre un livre, un unique ouvrage qu'il devra toujours conserver avec lui. Une force invisible - le destin ! - le mène vers un petit roman : Daniel adopte L'Ombre du vent, de Julian Carax.

«Rien ne marque autant un lecteur que le premier livre qui s'ouvre vraiment un chemin jusqu'à notre cœur. Ces premières images, l'écho de ces premiers mots que nous croyons avoir laissés derrière nous, nous accompagnent toute notre vie et sculptent dans notre mémoire un palais ou tôt ou tard - et peu importe le nombre de livres que nous lisons, combien d'univers nous découvrons-, nous reviendrons un jour. Pour moi, ces pages ensorcelées seront toujours celles que j'ai rencontrées dans les galeries du Cimetière des Livres Oubliés. »

Happé par la plume de cet écrivain inconnu, l'enfant veut tout apprendre de sa vie et de son œuvre. Grâce à Gustavo Barcelo, une connaissance de son père fin connaisseur de livres d'occasion, il met un pas dans le mystère que représente Julian Carax. Romancier génial qui n'a pourtant connu aucun succès, il aurait quitté Barcelone et passé un temps à Paris avant de disparaître. De nombreuses rumeurs courent, et tout le monde le croit mort.


Daniel va grandir dans l'ombre de ce roman et de son auteur. Ensorcelé par la nièce de Barcelo, Clara, il va oublier un temps sa quête avant de s'y replonger corps et âme. Marchant dans les pas de Julian, Daniel s'enfonce dans les profondeurs d'une Barcelone inquiétante où rôde un personnage malveillant sorti tout droit d'un roman de Carax : qui se cache derrière l'apparence de Lain Coubert, cet homme terrifiant au visage brûlé qui cherche les romans de Julian pour les détruire ? Daniel lèvera le voile sur un mystère bien plus épais, et bien plus sombre qu'il n'y paraît.

«  En fait, ce que je veux te montrer appartient à une histoire. [...] Il s'agit d'une histoire de livres, [...] de livres maudits, de l'homme qui les a écrits, d'un personnage qui s'est échappé des pages d'un roman pour le brûler, d'une trahison et d'une amitié perdue. Une histoire d'amour, de haine, et de rêves qui vivent dans l'ombre du vent. »


Je suis une admiratrice inconditionnelle des romans de Carlos Ruiz Zafon, et de leur ambiance si particulière, ensorcelante et inquiétante à la fois. Mon favori reste celui-ci, que je présente à cor et à cri comme mon livre préféré. L'histoire de Daniel est tout bonnement passionnante, et suivre son cheminement de 1945 à 1956 donne vraiment à voir le développement de sa personnalité. Les autres personnages sont tout aussi intéressants : mention spéciale au fantastique et indescriptible Fermin Romero de Torres, qui est sans aucun doute le personnage le plus drôle que j'ai jamais rencontré dans un livre. Et bien entendu, la quête de Daniel tournant autour d'un roman enchantera tous les amoureux des livres ! On regrette simplement que les œuvres de Carax ne soient pas réelles !
Toutefois, pour se consoler, Carlos Ruiz Zafon a eu la merveilleuse idée de donner une suite à ce roman, et pas que ! La saga du Cimetière des Livres Oubliés se poursuit avec Le Jeu de l'ange (qui se passe avant la naissance de Daniel), et Le Prisonnier du ciel (où notre héros est adulte !). Un quatrième et dernier tome devrait venir conclure la série, et j'attends sa sortie avec une impatience non dissimulée !


Carlos Ruiz Zafon / L'Ombre du vent / paru en Espagne en 2001 et en France en 2004 chez Grasset / 636 pages pour l'édition de poche

dimanche 22 mai 2016

Shutter Island - Dennis Lehane


Un matin brumeux des années 1930, un ferry amène deux hommes vers la mystérieuse Shutter Island. Les marshalls Teddy Daniels et Chuck Aule, nouvellement coéquipiers, doivent se rendre sur l'île pour y retrouver quelqu'un. Une personne très dangereuse. Car sur Shutter Island, la seule institution est un asile psychiatrique rempli des patients les plus violents, ceux que l'on ne pouvait pas permettre de garder sur le continent. Rachel Solando est l'une d'entre eux : veuve de guerre, elle a noyé ses trois enfants avant de les rasseoir à table comme si de rien n'était.


Arrivés dans cet hôpital aux allures de prison, Teddy et Chuck visite la pièce qui sert de chambre à l'évadée. Ils doivent se rendre à l'évidence : tout porte à croire que la prisonnière - oh pardon, la "patiente" ! - s'est évaporée de ces quatre murs en passant la porte fermée et le bâtiment entièrement gardé. A moins que...

Rapidement, Teddy soupçonne la complicité de quelqu'un au sein de l'institution : l'énigmatique Docteur Sheehan, qui aurait quitté l'île par le ferry de la veille. Les marshalls doivent retrouver les deux individus au plus vite, avant que Rachel ne commette un autre crime. Mais l'hôpital semble obéir à ses propres lois, et Teddy et Chuck sont vite confrontés au silence du personnel. L'île a ses secrets !

Constamment épiés, les deux hommes ne semblent pouvoir avoir confiance que l'un en l'autre. Seuls face à tous, leur propre passé finit par resurgir, et les blessures de Teddy sur la mort de sa femme, tuée lors d'un incendie criminel, se rouvrent. Quelle est sa véritable motivation quant à sa venue sur l'île ? Quelle est la réponse à l'énigme laissée par Rachel Solando dans sa chambre ? Tous les indices convergent vers le vieux phare qui surplombe Shutter Island et qui les éclairera de l'horrible vérité...


Dennis Lehane nous plonge dans un malaise perceptible dès les premières pages. Quelque chose cloche sur cette île ! Bloqués sur Shutter Island par la tempête, les ténèbres de l'hôpital nous engloutissent inexorablement jusqu'à ce qu'éclate la malheureuse conspiration...
J'ai lu ce roman pour un de mes cours, mais j'avais auparavant vu l'adaptation de Martin Scorsese avec Leonardo Di Caprio, que je conseille car c'est un très bon film, et fidèle au livre avec ça ! Et je vous

suggère également une relecture une fois le roman terminé, car il est très intéressant de redécouvrir le livre une fois la vérité révélée...





Dennis Lehane / Shutter Island / paru en 2003 aux éditions RIVAGES/NOIRS / 393pages

dimanche 15 mai 2016

Dôme (1/2) - Stephen King



Une journée ordinaire dans la petite ville de Chester's Mill va tourner au cauchemar. Tandis que Dale (Barbie) Barbara, le cuisinier du Sweetbriar Rose, abandonne son appartement et se dirige vers la sortie de la ville avec un unique bagage sur le dos, il observe le vol tranquille d'un avion dans le ciel. A son bord, Chuck Thompson donne une leçon de pilotage à Claudette Sanders, la femme du premier conseiller de la ville. Mais brusquement et de manière complètement inattendue, l'avion explose, comme s'il avait percuté quelque chose en plein vol. Le phénomène se confirme quand une nuée d'oiseaux meurt en touchant cette même barrière invisible. Barbie, spectateur impuissant, s'approche de ce mur, transparent mais palpable.

La barrière se révèle être un dôme impénétrable, et les dégâts dus à sa chute sont conséquents : déjà des familles sont séparées, des personnes blessées, mutilées, mortes... La ville se réunit autour des conseillers et de la police, tous manipulés dans l'ombre par le deuxième conseiller à la main de fer, Jim Rennie.


Le dôme est là, omniprésent, mais on a constamment besoin de se le rappeler tellement on est obnubilé par la situation qui se dégrade à l'intérieur. La prose de Stephen King est extrêmement bien détaillée afin de laisser percevoir, presque minute par minute, ce qui se déroule. On suit les multiples personnages de Cherster's Mill, que l'on apprend petit à petit à connaitre et à reconnaître, une fourmilière qui laisse à voir toute la complexité de la nature humaine




Rapidement, Barbie et la rédactrice en chef du journal local, Julia Shumway, doutent des décisions de Big Jim : pourquoi renforcer les forces de police avec des gamins tout juste sortis de l'adolescence ? Pourquoi fermer les commerces d'alimentation alors qu'aucun vol ou pillage n'était à déplorer ?

Ancien militaire décoré, Barbie est contacté par le gouvernement pour mener l'enquête sous le dôme et découvrir sa provenance. Expérience du gouvernement ? Châtiment divin ? Attaque extra-terrestre ? Et que signifient les étranges phrases prononcées par ces enfants en pleine crise d'épilepsie ? Les théories vont bon train tandis que deux camps se forment progressivement dans ce premier tome. Le second promet une guerre civile sans merci...



"Le pire, c'est qu'on a pas encore vu le pire"



ET LA SÉRIE ?


Dôme a été adapté en série télévisée par Brian K.Vaughan sous le nom de Under the Dome . Les trois saisons ont été diffusées de 2013 à 2015, et la série a ensuite été annulée par manque de succès... et on comprend pourquoi. Si les deux premières saisons sont intéressantes malgré leur cruelle infidélité, tant au niveau des personnages que de l'intrigue en elle-même, la troisième est plutôt médiocre et justifie complètement l'arrêt de la série.
Bien évidemment, je conseille les deux romans plutôt que la série télévisée : malgré leur taille conséquente, le sens du détail de Stephen King rend toutes les scènes très visuelles, et il est très intéressant de suivre chacun des habitants de Chester's Mill au lieu des quelques élus pour la série !



Stephen King / Dôme* / paru en 2009 / éditions Le Livre de Poche / 829 pages

dimanche 1 mai 2016

Nymphéas noirs - Michel Bussi




«  Trois femmes vivaient dans un village.
Ma première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste.
Leur village portait un joli nom de jardin. Giverny.
La première habitait dans un grand moulin au bord d'un ruisseau, sur le chemin du Roy ; la deuxième occupait un appartement mansardé au-dessus de l'école, rue Blanche-Hoschedé-Monet ; la troisième vivait chez sa mère, une petite maison dont la peinture aux murs se décollait, rue du Château-d'Eau.
Elles n'avaient pas non plus le même âge. Pas du tout. La première avait plus de quatre-vingts ans et était veuve. Ou presque. La deuxième avait trente-six ans et n'avait jamais trompé son mari. Pour l'instant. La troisième avait onze ans bientôt et tous les garçons de son école voulaient d'elle pour amoureuse. La première s'habillait toujours de noir, la deuxième se maquillait pour son amant, la troisième tressait ses cheveux pour qu'ils volent au vent.

Vous avez compris. Toutes les trois étaient assez différentes. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret, en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de partir. Oui, de quitter Giverny, ce fameux village dont le seul nom donne envie à une foule de gens de traverser le monde entier juste pour s'y promener quelques heures.
Vous savez bien pourquoi. A cause des peintres impressionnistes.
La première, la plus vieille, possédait un joli tableau, la deuxième s'intéressait aux artistes, la troisième, la plus jeune, savait bien peindre. Très bien, même.
C'est étrange, vouloir quitter Giverny. Vous ne trouvez pas ? Toutes les trois pensaient que le village était une prison, un grand et beau jardin, mais grillagé. Comme le parc d'un asile. Un trompe-l'œil. Un tableau dont il serait impossible de déborder du cadre. En réalité, la troisième, la plus jeune, cherchait un père. Ailleurs. La deuxième cherchait l'amour. La première, la plus vieille, savait des choses sur les deux autres. 

Une fois pourtant, pendant treize jours, pendant treize jours seulement, les grilles du parc s'ouvrirent. Très précisément, du 13 mai au 25 mai 2010. Les grilles de Giverny se levèrent pour elles ! Pour elles seules, c'est ce qu'elles pensaient. Mais la règle était cruelle, une seule d'entre elles pouvaient s'échapper. Les deux autres devaient mourir. C'était ainsi.
Ces treize jours défilèrent comme une parenthèse dans leur vie. Trop brève. Cruelle, aussi. Cette parenthèse s'ouvrit par un meurtre, le premier jour, et se termina par un autre, le dernier jour. Bizarrement, les policiers ne s'intéressèrent qu'à la deuxième femme, la plus belle ; la troisième, la plus innocente, dut enquêter toute seule. La première, le plus discrète, put tranquillement surveiller tout le monde. Et même tuer !

Cela dura treize jours. Le temps d'une évasion.
Trois femmes vivaient dans un village.
La troisième était la plus douée, la deuxième était la plus rusée, la première était la plus déterminée. A votre avis, laquelle parvint à s'échapper ?
La troisième, la plus jeune, s'appelait Fanette Morelle ; la deuxième s'appelait Stéphanie Dupain ; la première, la plus vieille, c'était moi. »





Si vous n'êtes pas convaincus par ce prologue, je ne sais pas ce qu'il vous faut !
Ces deux pages et demie m'ont tout simplement ensorcelées et je peux dire sans hésitation que c'est le meilleur prologue que j'ai lu de toute ma vie, ce pourquoi j'ai tenu à vous le retranscrire en entier histoire de vous mettre l'eau à la bouche...


Concernant l'histoire en elle-même : vous l'aurez compris, tout tourne autour d'un meurtre commis dans le pas-si-paisible village de Giverny, berceau de la peinture impressionniste. Jérôme Morval a été retrouvé mort, le cœur percé d'un coup de couteau, la tête fracassée et plongée dans la rivière. Une vengeance ! annonce d'emblée l'inspecteur Laurenç Sérénac. C'est au milieu de cette mystérieuse affaire que nous suivons les destins parallèles de Fanette, Stéphanie et de la sorcière (comme elle est surnommée dans le roman), qui se frôlent étrangement sans jamais vouloir se toucher. Jusqu'à la révélation finale !


L'ambiance de ce livre est saisissante. On a l'impression d'être dans un Eden, un jardin bucolique, mais une tension permanente et le regard de la sorcière toujours braqué sur les personnages  instaurent un malaise qui laisse présager que l'on sera tôt ou tard chassés du paradis terrestre.
Le meurtrier ? Cherchez-le bien sûr ! N'est-ce pas le but de tout polar ? Cherchez-le et vous le trouverez peut-être. Mais n'oubliez jamais : les apparences sont parfois trompeuses. Et avec Michel Bussi, elles le sont toujours !...


Michel Bussi / Nymphéas noirs / paru en 2013 / édité chez Pocket / 493 pages

samedi 9 avril 2016

Le Palais de glace – Tarjei Vesaas



Siss et Unn. Unn et Siss. L'une, timide et mystérieuse, vient d'arriver dans le village. L'autre, populaire, y a toujours vécu. Elles semblent opposées, mais elles sont irrésistiblement attirées l'une par l'autre, fascinées. Elles savent qu'elles deviendront de grandes amies, et puisqu'il faut bien commencer quelque part, Unn décide d'inviter Siss chez elle après l'école.
Quelle étrange soirée... Les deux fillettes ont envie de tout connaître l'une de l'autre, mais elles essaient de ne pas se précipiter. Conversation gênée, pleine d'hésitation, à la limite de l'absurde parfois... Et tout à coup, toutes deux face à un miroir, une impression foudroyante, une révélation qu'elles se hâtent de refouler.

« Elles s'égarèrent dans ce qu'elles virent avant d'en avoir ne serait-ce qu'une idée. Deux paires d'yeux striées d'éclairs et de lueurs sous les cils. Le miroir qui en est empli. Des questions qui fusent puis se dissimulent l'instant d'après. Je ne sais pas : des éclairs et des lueurs ; des lueurs de toi à moi, de moi à toi, de moi à toi seule »

Le comportement d'Unn est tout à fait déstabilisant. Elle ne peut déjà plus se passer de Siss, mais elle refuse en même temps de tout lui confier et de lui révéler « l'autre chose ». Le lecteur ressent un malaise irrépressible en assistant à cette entrevue intime, malaise contagieux puisque Siss écourte la soirée afin de rentrer chez elle en courant. .
Le lendemain, Unn refuse d'affronter le regard de Siss. Elle part faire l'école buissonnière près du lac gelé où la classe doit faire prochainement une sortie. Là, une cascade grondante, une forêt de glace et un palais enchanté aux airs de labyrinthe. Unn parcours la palais de glace sans peur alors qu'il joue avec elle, la menant où il veut jusqu'à ce qu'elle se trouve face à un gigantesque œil emprisonné dans la glace. Une lumière hallucinante, une perte de repères, et le sommeil.
A l'école, Siss s'inquiète de son absence. Elle fait un détour par chez elle avant de rentrer et fait une alarmante constatation : Unn a disparu.
Siss est la dernière à lui avoir parlé, et tandis qu'elle cherche à tout prix à retrouver son amie, une seule question obnubile le village :

« Siss, qu'est-ce que tu sais sur Unn ? »

Les recherches commencent, jusqu'au lac gelé qu'on essaye de pénétrer tout en ne se laissant pas ensorceler par la monumentale sculpture de glace qui avait englouti Unn. Les jours passent et la fillette demeure introuvable. Seule Siss semble encore attendre Unn quand les autres l'oublient peu à peu. La disparue ne vit plus que par une promesse faite de Siss à Unn, un serment qu'elle refuse de briser jusqu'à ce que le palais de glace révèle ses secrets.


Vesaas est grand auteur norvégien surnommé « le magicien de l'indicible » et ce n'est pas moi qui remettrais en doute ce pseudonyme ! Dans ce roman envoutant, on doute constamment sur ce qu'on pense comprendre. L'atmosphère est froide, glaciale même, mais on sent une chaleur émanant des deux petites filles au centre du roman. Siss et Unn, seuls personnages dotés d'un nom, sont la clé. On le sait, mais on ne sait pas quelle porte elle ouvre...
Au début, j'étais très perplexe, frustrée de ne pas comprendre ce qu'il se passait, sentir qu'il y avait quelque chose que je n'arrivais pas à interpréter. Puis j'ai décidé de ne rien interpréter du tout et de me laisser porter par le récit, (presque) sans me poser de questions, et cela m'a plu. Ce roman restera vraiment un mystère, mais je pense que le palais de glace est parvenu à m'hypnotiser moi aussi, et cela me suffit ! La poésie et le mystère qui émane de ce livre font de lui un roman comme on en voit rarement !



ET POUR CEUX QUI L'ONT LU
/!\ Spoilers /!\


Le plus frustrant dans ce roman n'a finalement pas été de ne pas comprendre totalement ce qui se passait. Unn existe-t-elle vraiment ? S'est-elle fondue dans la glace avant de disparaître avec elle ? Le pire sont les questions posées entre les deux petites filles au début et qui sont laissées sans réponse comme si elles n'avaientt jamais existées. Quelle est cette « autre chose » si mystérieuse qu'Unn ne pouvait pas révéler ? Et quel est le lien entre Siss et Unn, dont les reflets se confondent dans le miroir ? Je l'ai fini il y a deux semaines et cela me turlupine encore !
Mais j'ai vraiment aimé l'ambiance particulière de ce roman, l'impression d'une présence manquante d'Unn tout au long du récit. On attend simplement que le palais la recrache pour la rendre à Siss. Mais on ressent un vrai manque quand la glace se met à fondre et que le lac se fissure. J'oserai dire que notre cœur se craquelle avec lui tant on a, pour la première fois, peur de ne jamais la revoir. Et c'est assez paradoxal dans mon cas parce que je n'apprécie pas vraiment le personnage d'Unn ( Je crois que son étrange et incompréhensible comportement du début me l'a rendu antipathique...).
Le face-à-face d'Unn avec l’œil m'a immédiatement fait pensé au poème La conscience de Victor Hugo : " l’œil était dans la tombe et regardait Caïn", mais je n'ai aucune explication à fournir ahah ! J'ai trouvé très touchant l'échange entre Siss et la tante d'Unn, où cette dernière tente de la libérer de sa promesse. Lorsque ses camarades mènent Siss jusqu'au palais de glace, la dernière visite aux allures de pèlerinage, « sa » promenade où elle a envie de disparaître elle aussi, le groupe d'enfants prend vraiment des airs de cortège funéraire. Et enfin, une hésitation jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière ligne : va-t-on revoir Unn ? Non, mais n'en ressort aucune déception.



Tarjei Vesaas / Le Palais de glace / paru aux éditions Flammarion en 1975 et réédité chez Babel en 2016 / 219 pages

dimanche 3 avril 2016

Un soir de décembre - Delphine de Vigan


 Un jour (oui, ça commence bien bateau mais attendez la suite...), Matthieu ressent le besoin irrépressible d'écrire. Ce roman de l'intuition devient un best-seller qui le rend célèbre : invité sur les plateaux de télévision, englouti sous les lettres de ses lecteurs, Matthieu ne se remet pas à l'écriture, considérant que l'inspiration ne lui fera plus la même faveur que la première fois. Matthieu est mariée à Élise, qu'il aime énormément, mais c'est une toute autre muse qui va venir lui chuchoter son prochain roman. En recevant une énième lettre - la lettre de trop peut-être mais comment savoir ? -, les souvenirs lui reviennent progressivement en mémoire : le besoin de s'abandonner une dernière fois avant le mariage, et Sara.

«  J'ai lu ton livre. Ton livre comme un boomerang. Laisse-moi, à mon tour, te raconter une histoire. Le début.
Tu sais comment les histoires commencent, dans un supermarché, un train ou au fond d'un café, là où les vies se frôlent, se croisent, parfois se percutent, dans l'inconscience de ce qui sera, cette douce innocence. Laisse-moi te dire les premiers mots. Ceux qui donnent la mesure. Laisse-moi te raconter une histoire que tu as peut-être oubliée.Une femme rencontre un homme ou plutôt c'est lui qui la rencontre.  »


Peut-être poussée par le même besoin que lui quelques mois plus tôt lorsqu'il débute son roman sur un coup de tête, Sara lui écrit afin d'enfin mettre des mots sur cette relation passionnelle dans laquelle ils s'étaient abandonné tous les deux, jusqu'à ce fameux soir de décembre... Cinq lettres qui vont pousser Matthieu à tout remettre en question.

Deuxième roman de Delphine de Vigan, Un soir de décembre transporte le lecteur dans l'expression des pensées et des sentiments d'un homme comme les autres, qui connait le désir et l'amour, qui connait le doute aussi... mais surtout l'amour !



POUR CEUX QUI L'ONT LU
/!\ Spoilers /!\


Je ne suis pas du genre à cautionner les relations extra-conjugales, même si elles sont motivées par des sentiments sincères. Mais dans ce roman où la relation adultère tient une place centrale, je pense qu'elle n'est finalement qu'un prétexte pour aborder la complexité de la pensée et des émotions humaines. Delphine de Vigan le rend avec une vérité saisissante et touchante, ce qui nous pousse – peut-être pas à encourager cette relation – mais en tout cas à l'accepter comme quelque chose de convenable car nous ressentons irrémédiablement de l'empathie pour cet homme mis à nu.
Ce roman m'a véritablement touchée. J'ai apprécié le fait que Sara soit omniprésente alors qu'elle n'apparaît jamais physiquement dans le récit. A travers ses lettres où elle se dévoile complètement, dans une intimité partagée ou non avec Matthieu, et grâce aux souvenirs que le narrateur raconte, nous avons réellement l'impression de la connaitre aussi bien que lui.
Et bien sûr, j'ai trouvé magnifique que malgré la relation intense qu'il a connu et qu'il aurait pu connaitre à nouveau avec Sara, Matthieu ait au bout du compte choisi de retourner vers sa femme, embrassant l'amour inconditionnel qu'il lui porte et dont il n'a malgré tout jamais douté.




Delphine de Vigan / Un soir de décembre / Paru en 2007 aux éditions Points / 194 pages

dimanche 20 mars 2016

Je n'ai pas toujours été un vieux con - Alexandre Ferega


Échappé de justesse de l'incendie de son appartement grâce à un jeune voisin téméraire, Léon atterrit aux Primevères, une maison de retraite, avec une fracture hanche-bassin, un vieux transistor rescapé du brasier, un paquet de souvenirs à raconter, et avec cynisme s'il vous plait ! Grande gueule dotée d'un humour grinçant, sans doute légèrement nostalgique, le septuagénaire écrit dans sa chambre entre deux passages d'infirmières et le défilé des pensionnaires gênants.

«  Je suis mon propre juge, mon seul témoin. Pourquoi j'écris ? Parce que je ne veux pas crever avant d'être sûr que ce que j'ai vécu a réellement existé. J'aurais pu partir en fumée sans penser une dernière fois à  tout ce qui a fait ce que je suis. On dit que la plus belle des morts se passe dans le sommeil. Finir sur un rêve. Quelle tristesse ! Je préfère crever sur une pensée tant qu'elle est belle. Tant qu'elle est.  »

Rapidement, la vie à la maison de retraite empiète sur les souvenirs de Léon, des liens se créent entre les hommes et les existences, et les notes du vieillard semblent en être l'aboutissement, par un effet boomerang inattendu. Comment la vie de chacun va-t-elle s'imbriquer dans celle des autres ?



Grand-père attachant, Léon fait l'unanimité auprès des lecteurs opportunistes qui sauront se glisser dans la peau des petits enfants qu'il n'a jamais eu et à qui il aurait pourtant eu beaucoup à transmettre : sur l'enfance qu'il a perdu trop tôt, sur les amitiés éphémères mais inoubliables, sur l'amour et le faire-l'amour... sur la vie tout simplement. 

«  Les mauvais souvenirs, eux, sont là pour baliser la pensée. Je peux être sûr d'avoir bien fait l'amour une fois, seulement lorsque les coïts imbéciles me reviennent en tête. Je peux être fier des amis que j'ai eus en pensant aux personnes que j'ai haïes. Je peux apprécier tout ce que j'ai réussi dans ma vie en n'oubliant aucun des ratés qui l'ont jalonnée. Je serai rassuré si je ne regrette pas trop ces ratés, s'ils ne m'empêchent pas de rendre les clés paisiblement. »

C'est assez impressionnant de constater comment Alexandre Feraga s'est complètement accaparé ce personnage âgé au caractère bien trempé alors que Je n'ai pas toujours été un vieux con est son premier roman : belle performance ! J'ai eu la chance de le rencontrer le 27 Février 2016 et de discuter un peu avec lui, et voilà un extrait du petit mot qu'il m'a laissé pour parler de son livre :

«  Non, la vieillesse n'est pas un naufrage, mon Léon en est la preuve vivante. »

Alors adoptez vous aussi ce petit grand-père si attachant malgré son mauvais caractère !



POUR CEUX QUI L'ONT LU
/!\ spoilers

Je ne sais pas vous mais j'ai été vraiment surprise de découvrir le passé mouvementé de ce petit papi. Bien sûr, on s'attend toujours à des problèmes familiaux ou des souvenirs de la guerre dans ces histoires. Mais un gamin mafieux abandonné par sa mère et qui traverse l'océan avant de revenir à Paris pour manquer de brûler vivant dans l'incendie accidentel de son appartement... ce n'est pas banal ! De même que son lien avec la pas-si-folle Madame Camus. Avouez : vous aussi vous l'avez pris pour une vieille allumée...
Vous l'aurez compris, beaucoup de phrases m'ont marqué dans ce livre pourtant relativement court. J'ai aimé l'ambivalence des mots de Léon, tantôt cinglants et crus, mais qui dévoilent une réelle profondeur et même une certaine sensibilité. Et puis le fait que le livre se termine par la répétition du début, c'est quelque chose qui m'a toujours fait un effet fou (comme quand vous regardez une série ou un film, et que le personnage que vous adoriez et qui avait disparu en cours de route réapparaît miraculeusement dans une scène niaise...). Ici, ça donne vraiment un sens à ce roman, comme si, sans le savoir, Léon avait commencé à écrire sa vie afin de pouvoir la raconter à Madame Camus et peut-être inconsciemment obtenir la rédemption pour le crime dont il est en partie responsable. 



Citations bonus !

«  Les malheurs des autres ont très peu d'effets sur moi. Ils font partie de la vie. On ne peut pas vouloir jouir sans arrêt et refuser la merde qui tombe un jour ou l'autre sur notre tête.  »


«  Est-ce que tu peux être sérieux deux minutes ?
- Jack, personne ne peut réaliser un tel exploit de nos jours.  »



Alexandre Feraga / Je n'ai pas toujours été un vieux con / paru en 2014 chez Flammarion, puis en format poche chez J'ai lu en 2015 / 251 pages (poche)