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lundi 15 août 2016

Comment j'ai piqué la petite amie alien de Johnny Depp – Gary Ghislain


Le père de David est un psychiatre renommé de la région parisienne. On lui confie la charge de Zelda, une jeune fille pour le moins étrange... Tout le monde s'accorde pour dire qu'elle est folle, et on peut les comprendre en entendant sa version des faits : Zelda se présente comme une alien de 235 ans venue de la planète Vahalal. Elle aurait atterri sur Terre afin de trouver son élu et le ramener avec elle dans l'espace.
Du pur délire bien sûr ! Même David ne peut s'empêcher de rire quand elle lui raconte ses sornettes. Pourtant, le garçon ne tarde pas à être charmé par la jeune fille. Il ne la croit pas vraiment, mais il veut voir où tout cela peut les mener.
Ils s'enfuient donc à la recherche de l'élu, obligés de se cacher pour échapper à la famille de David et à la police. David est affublé du titre de « Poudine » et devient le guide de Zelda dans la capitale. Mais pas facile de passer inaperçus en plein Paris, avec une fille au comportement extravagant et vêtue d'un unique bikini (la tenue réglementaire vahalalienne). Heureusement pour eux, la demi-sœur de David, Malou, accepte de s'embarquer dans l'aventure pour les aider à trouver l'élu.
J'ai failli oublier un détail ! Ce fameux élu que Zelda doit emmener sur Vahalal, c'est Johnny Depp !



Ce roman, un peu bizarre au premier abord, devient réellement addictif, car on est de plus en plus intrigués par la jolie Zelda. Serait-elle vraiment une extra-terrestre ?! Le style s'améliore au fil des pages, et les commentaires de David, narrateur de cette histoire, deviennent vraiment désopilants. Et je ne parle même pas des situations cocasses dans lesquels ils se trouvent plongés !
Un bon roman pour ados ou pour adultes, qui se lit vite et bien mais que vous n'oublierez pourtant pas de sitôt !


En bonus : un petit extrait de ce qui vous attend en ouvrant ce livre...

«  Tu ne t'y prends pas bien, explique Zelda. Tu dois d'abord toucher la cible, et après tu lances la pomme en inversant le temps par la force de ton esprit. C'est la seule manière de courber l'espace entre toi et l'artefact. Tu comprends? C'est de la psychophysique de base.
Jolie théorie, que j'envoie toutefois balader.
- Pourquoi tu ne veux pas l'avouer, tout simplement?
- Quoi?
- Que tu as juste eu un coup de pot, ou alors que tu es superdouée pour lancer des trucs. Pourquoi il faut toujours que tu inventes une histoire farfelue pour tout?
- Tu ne sais pas courber le temps, Terrien? Pas même un tout petit peu?
- Un jour j'ai cassé la montre de papa, ça compte?
- Nom de Zook! dit-elle en se frappant le front contre la vitre. Cette planète est complètement primitive!  »

Bonne lecture ;-)


Gary Ghislain / Comment j'ai piqué la petite amie alien de Johnny Depp / publié en France en 2012 aux éditions de La Martinière Jeunesse / 235 pages

dimanche 17 juillet 2016

Le liseur du 6h27 – Jean-Paul Didierlaurent


«  Certains naissent sourds, muets ou aveugles. D'autres poussent leur premier cri affublés d'un strabisme disgracieux, d'un bec-de-lièvre ou d'une vilaine tache de vin au milieu de la figure. Il arrive que d'autres encore viennent au monde avec un pied-bot, voire un membre déjà mort avant même d'avoir vécu. Guylain Vignolles, lui, était entré dans la vie avec pour tout fardeau la contrepèterie malheureuse qu'offrait le mariage de son patronyme avec son prénom. Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait retenti à ses oreilles dès ses premiers pas dans l'existence pour ne plus le quitter.  »


Guylain Vignolles a, en plus de son nom à coucher dehors, une existence très peu palpitante, solitaire, et un travail qu'il exècre. Dans l'entreprise, c'est lui qui commande "la Chose", une machine qui détruit les vieux livres destinés à redevenir de la pâte à papier. Mais malgré sa grande cruauté, la Chose épargne chaque jour quelques feuilles qui restent coincées tout au fond de sa gueule béante. Ces feuilles rescapées, Guylain les récupère chaque soir et en fait la lecture aux passagers du RER de 6h27 chaque matin. Sorte de troubadour des temps modernes, il déclame à voix haute ses extraits de romans sans connexion aucune, avant de les abandonner sur le strapontin une fois arrivé à sa station.
Un matin, Guylain trouvera sur ce même strapontin une clef usb, probablement tombée de la poche de son propriétaire. A l'intérieur, le journal intime de Julie, une dame pipi travaillant dans un grand centre commercial. Amusé par les écrits de ce petit brin de femme à la langue bien pendue, Guylain va lui rendre hommage en lisant ses textes dans le 6h27, tout en partant à la recherche de leur propriétaire.

Mais Le Liseur du 6h27, ce n'est pas que Guylain et Julie, les feuilles rescapées et la clef usb. C'est aussi un petit groupe de retraités enthousiastes et admirateurs des lectures de Guylain. C'est Giuseppe, un cul-de-jatte en quête des restes de ses jambes. C'est également Yvon, qui préfère déclamer des vers plutôt que de s'exprimer comme le commun des mortels. C'est Rouget de Lisle, le poisson rouge.
Le Liseur du 6h27, c'est une galerie de personnages attachants et complètement loufoques qui ne pourront pas vous laisser indifférents...



Jean-Paul Didierlaurent / Le liseur du 6h27 / paru au Diable Vauvert en 2014 et chez folio en 2015 / 193 pages pour l'édition de poche

dimanche 12 juin 2016

Carnets de thèse - Tiphaine Rivière


 La thèse apparaît toujours comme une véritable plaie à écrire pour un doctorant, et ce n'est pas la jeune Jeanne Dargan qui vous dira le contraire ! Professeur de collège en ZEP, elle a la joie immense d'être acceptée en thèse à la Sorbonne. Enthousiaste, elle se donne trois ans, jour pour jour, pour la finir.
Et nous voilà partis avec Jeanne dans la folie qu'est la rédaction d'une thèse : les interminables recherches, les cours à préparer pour les élèves de licence, la révision constante de son plan... Notre petite doctorante a bien du mal à concilier vie de couple, vie sociale et travail. Il faut aussi reconnaître que son entourage plus ou moins proche ne l'aide pas non plus : son directeur de thèse est complètement je-m'en-foutiste, et sa famille refuse de comprendre l'intérêt d'un travail si abstrait, qui plus est quand il porte sur "le motif labyrinthique dans la parabole du Procès de Kafka". Dans la catégorie des personnages mémorables, il ne faut surtout pas oublier Brigitte Claude, la secrétaire du département, très ( très ) ronde, un bonnet H affalé sur son bureau et une tête de deux pieds de long débordante de morosité !

Je ne suis pas fan du dessin de Tiphaine Rivière, mais je ne peux nier qu'il a un charme certain, surtout quand on nous laisse à voir les scènes de vie quotidienne de Jeanne, ses petits déjeuners les pieds sur la table et les seins à l'air, ou encore ses réflexions existentielles sous la douche.

Ce roman graphique est une vraie bouffée d'air frais, et on rit énormément des péripéties qui arrivent à la pauvre Jeanne. Ceux qui connaissent un peu le système universitaire reconnaîtront ses galères administratives horripilantes, mais tellement drôles quand elles arrivent à quelqu'un d'autre !
C'est d'ailleurs à l'université que j'avais croisé le chemin de l'auteur/dessinatrice, Tiphaine Rivière, puisque les premières planches de Carnets de thèse avaient été affichées dans un couloir, où je les avais lu en souriant. Il était tout naturel d'aller lire la suite !



Tiphaine Rivière / Carnets de thèse / publié chez Seuil en 2015 / 179 pages

dimanche 27 mars 2016

Le Grand méchant renard - Benjamin Renner



Renard n.m

Mammifère carnivore voisin du chien, à la queue touffue, aux grandes oreilles au museau pointu et au pelage roux, qui passe pour un chasseur très rusé.


C'est à cette définition que le renard de Benjamin Renner essaie de coller désespérément. Chaque jour, il s'introduit dans le poulailler afin de croquer une de ses habitantes bien dodues... et se fait chasser par la poule elle-même, rentrant chez lui bredouille avec un panier rempli de navets, préparé par le lapin et le cochon.
A la ferme, personne n'a peur de lui ou de son "graou" tremblotant. Sa présence dérange à peine les poules, et surtout pas le chien de garde – qui n'a pas l'air d'avoir très bien compris son rôle – et qui veille sur la basse-cour aussi paresseusement que possible.

Fatigué d'être ainsi humilié, notre renard demande conseil au loup, un expert dans la manière d'effrayer les victimes potentielles. Constatant à quel point le renard est incompétent, le loup lui propose un marché : il devra s'introduire dans le poulailler afin de dérober les œufs et, une fois les poussins bien en chair, les deux compères pourront se préparer un petit gueuleton !
Notre renard parvient - non sans mal - à accomplir sa tâche, mais tout se complique lorsque les poussins, tout juste sortis de leurs coquilles, le prennent pour leur mère. Maman malgré lui, le renard va être poussé dans ses derniers retranchements par ses petits poussins braillards...


J'ai dévoré cette bande dessinée (sans mauvais jeu de mots). L'histoire est prenante dès le début, les dessins sont dynamiques et parfois détaillés mouvement par mouvement, ce qui m'a presque donné l'impression de regarder un film d'animation ! Du coup j'espère voir un jour une adaptation de la BD, sachant que l'auteur lui-même a déjà fait de la réalisation (on le connait pour Ernest et Célestine par exemple).
Les expressions faciales des personnages sont très bien rendues : le chien est doté d'un je--m'en-foutisme exemplaire, et le loup a l'air blasé d'un professeur résigné face à un élève incapable. Le lien de parenté improvisé entre le renard et les poussins rejoue des situations cocasses dans lesquelles parents et enfants se reconnaîtront. Benjamin Renner nous offre vraiment une histoire drôle et touchante, qu'on a envie de relire à peine le livre refermé.


J'ai rencontré Benjamin Renner lors d'une séance de dédicaces à la librairie Bulles en vrac' (Paris 5ème), et j'ai eu le droit à mon petit dessin … Quand je lui ai dit mon amour pour les histoires de loup, il m'a conseillé l'album Une soupe au caillou d'Anaïs Vaugelade, qui m'a eu l'air bien sympathique, et que j'ai immédiatement ajouté à ma liste. Peut-être un futur article en perspective...
C'était ma première dédicace BD et je dois reconnaître que c'est vraiment top de regarder le dessinateur en plein travail !




POUR CEUX QUI L'ONT LU
/!\ Spoilers /!\


J'ai vraiment trouvé cette bande dessinée géniale car elle interroge beaucoup la question de la parentalité (évidemment) mais surtout de l'identité : celle du renard qui n'arrive pas à remplir son rôle de prédateur rusé et qui finit par se travestir en poule ; celle des poussins qui se croient renards avant d'être contraints à redevenir poussins. La volonté désespérée du protagoniste à devenir le "grand méchant renard" dont il rêve est vraiment comique : il se fait quand même rembarrer par un rouge-gorge quoi ! Mais ce personnage fantasmé ne prend jamais vraiment vie puisque, même à la fin, ce n'est pas lui qui botte le cul du loup pour sauver ses poussins, mais les poules (qui sont définitivement bien balèzes !).
Finalement, on a une acceptation de sa condition par le renard puisqu'il reconnait la supériorité des poules afin de pouvoir vivre au sein de la ferme et auprès de ses "enfants". La fin montre vraiment qu'on peut trouver sa place peu importe nos origines et malgré les idées reçues. Notre renard trouve bien la sienne dans un poulailler...





BONUS !


Les éditions Delcourt vous propose d'incarner le renard dans un petit jeu, donc si vous voulez l'aider à s'introduire dans le poulailler, allez ici !


Et si vous voulez suivre le travail de Benjamin Renner, vous pouvez aller sur son blog, où vous trouverez en prime les dix premières pages de la bande dessinée.




Benjamin Renner / Le Grand méchant renard / paru chez Delcourt dans la collection Shampoing en 2015 / 192 pages

dimanche 20 mars 2016

Je n'ai pas toujours été un vieux con - Alexandre Ferega


Échappé de justesse de l'incendie de son appartement grâce à un jeune voisin téméraire, Léon atterrit aux Primevères, une maison de retraite, avec une fracture hanche-bassin, un vieux transistor rescapé du brasier, un paquet de souvenirs à raconter, et avec cynisme s'il vous plait ! Grande gueule dotée d'un humour grinçant, sans doute légèrement nostalgique, le septuagénaire écrit dans sa chambre entre deux passages d'infirmières et le défilé des pensionnaires gênants.

«  Je suis mon propre juge, mon seul témoin. Pourquoi j'écris ? Parce que je ne veux pas crever avant d'être sûr que ce que j'ai vécu a réellement existé. J'aurais pu partir en fumée sans penser une dernière fois à  tout ce qui a fait ce que je suis. On dit que la plus belle des morts se passe dans le sommeil. Finir sur un rêve. Quelle tristesse ! Je préfère crever sur une pensée tant qu'elle est belle. Tant qu'elle est.  »

Rapidement, la vie à la maison de retraite empiète sur les souvenirs de Léon, des liens se créent entre les hommes et les existences, et les notes du vieillard semblent en être l'aboutissement, par un effet boomerang inattendu. Comment la vie de chacun va-t-elle s'imbriquer dans celle des autres ?



Grand-père attachant, Léon fait l'unanimité auprès des lecteurs opportunistes qui sauront se glisser dans la peau des petits enfants qu'il n'a jamais eu et à qui il aurait pourtant eu beaucoup à transmettre : sur l'enfance qu'il a perdu trop tôt, sur les amitiés éphémères mais inoubliables, sur l'amour et le faire-l'amour... sur la vie tout simplement. 

«  Les mauvais souvenirs, eux, sont là pour baliser la pensée. Je peux être sûr d'avoir bien fait l'amour une fois, seulement lorsque les coïts imbéciles me reviennent en tête. Je peux être fier des amis que j'ai eus en pensant aux personnes que j'ai haïes. Je peux apprécier tout ce que j'ai réussi dans ma vie en n'oubliant aucun des ratés qui l'ont jalonnée. Je serai rassuré si je ne regrette pas trop ces ratés, s'ils ne m'empêchent pas de rendre les clés paisiblement. »

C'est assez impressionnant de constater comment Alexandre Feraga s'est complètement accaparé ce personnage âgé au caractère bien trempé alors que Je n'ai pas toujours été un vieux con est son premier roman : belle performance ! J'ai eu la chance de le rencontrer le 27 Février 2016 et de discuter un peu avec lui, et voilà un extrait du petit mot qu'il m'a laissé pour parler de son livre :

«  Non, la vieillesse n'est pas un naufrage, mon Léon en est la preuve vivante. »

Alors adoptez vous aussi ce petit grand-père si attachant malgré son mauvais caractère !



POUR CEUX QUI L'ONT LU
/!\ spoilers

Je ne sais pas vous mais j'ai été vraiment surprise de découvrir le passé mouvementé de ce petit papi. Bien sûr, on s'attend toujours à des problèmes familiaux ou des souvenirs de la guerre dans ces histoires. Mais un gamin mafieux abandonné par sa mère et qui traverse l'océan avant de revenir à Paris pour manquer de brûler vivant dans l'incendie accidentel de son appartement... ce n'est pas banal ! De même que son lien avec la pas-si-folle Madame Camus. Avouez : vous aussi vous l'avez pris pour une vieille allumée...
Vous l'aurez compris, beaucoup de phrases m'ont marqué dans ce livre pourtant relativement court. J'ai aimé l'ambivalence des mots de Léon, tantôt cinglants et crus, mais qui dévoilent une réelle profondeur et même une certaine sensibilité. Et puis le fait que le livre se termine par la répétition du début, c'est quelque chose qui m'a toujours fait un effet fou (comme quand vous regardez une série ou un film, et que le personnage que vous adoriez et qui avait disparu en cours de route réapparaît miraculeusement dans une scène niaise...). Ici, ça donne vraiment un sens à ce roman, comme si, sans le savoir, Léon avait commencé à écrire sa vie afin de pouvoir la raconter à Madame Camus et peut-être inconsciemment obtenir la rédemption pour le crime dont il est en partie responsable. 



Citations bonus !

«  Les malheurs des autres ont très peu d'effets sur moi. Ils font partie de la vie. On ne peut pas vouloir jouir sans arrêt et refuser la merde qui tombe un jour ou l'autre sur notre tête.  »


«  Est-ce que tu peux être sérieux deux minutes ?
- Jack, personne ne peut réaliser un tel exploit de nos jours.  »



Alexandre Feraga / Je n'ai pas toujours été un vieux con / paru en 2014 chez Flammarion, puis en format poche chez J'ai lu en 2015 / 251 pages (poche)