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dimanche 10 juillet 2016

Le chat d'Enoshima – Nicolas Nemiri et Romain Slocombe



 La petite Tomomi habite sur l'île d'Enoshima avec sa famille et leur chat, Haru. Là-bas, elle mène une vie tranquille dans leur petite maison donnant sur la plage. Mais lorsque le papa de Tomomi disparaît en mer et que deux hommes inquiétants viennent menacer sa maman, la petite famille est obligée de partir pour Tokyo.
La fillette supporte tant bien que mal cette nouvelle vie qui lui fait beaucoup regretter l'ancienne, jusqu'à ce qu'Haru disparaisse à son tour. Décidée à retrouver son chat, Tomomi prend en secret le chemin du retour vers son île, persuadée que son ami à quatre pattes est retourné dans leur ancien foyer.
Mais dans la maison en bord de plage, ce n'est pas Haru que la petite fille retrouve, mais son papa ! Les chaleureuses embrassades sont vite interrompues par les deux malfaiteurs, qui cherchaient son père depuis tout ce temps à cause de dettes d'argent non réglées. Heureusement, tout se termine bien puisque la maman de Tomomi, constatant sa disparition, avait alerté la police en leur suggérant de chercher du côté d'Enochima.
Et le chat dans tout cela ? Il est rentré tranquillement chez lui après avoir profité quelques jours de l'hospitalité d'une vieille dame !


(c) Nicolas Nemiri
Comme souvent, j'ai d'abord été attirée par les graphismes de cet album, qui s'accordent parfaitement avec l'image du Japon traditionnel que le livre véhicule. Les traits un peu brouillons et les couleurs pastels sont vraiment agréables à regarder et le coup de crayon de Nicolas Nemiri ( son blog )  est tout à fait inédit en son genre. L'histoire en elle-même est un joli mélange de légèreté étant donné que l'on se trouve du point de vue de la petite Tomomi (qui est décidément trop mignonne !) et de sujets sérieux comme la mort et le deuil, l'endettement, les conséquences d'un déménagement... Certains aspects du Japon sont évoqués pour que les enfants occidentaux en apprennent un petit peu : la présence des yakuzas, les noms de plusieurs quartiers de Tokyo et alentours, et quelques mots en japonais pour s'imprégner de la culture... Dépaysement garanti !





Romain Slocombe et Nicolas Nemiri / Le chat d'Enoshima / paru en 2016 aux éditions Le petit lézard / 50 pages

dimanche 26 juin 2016

Je suis la méduse – Béatrice Fontanel et Alexandra Huard



«  Et si les méduses étaient sentimentales ? »
C'est la question qu'a été posée Béatrice Fontanel à l'une de ces bêbêtes d'ordinaire peu amicales... La méduse qui nous raconte ici son histoire est une jolie créature, gracieuse, danseuse et poète avec ça !

« Je vogue, je flotte, je m'évase et dérive, évitant de m'envaser.
Je ricoche et j'effiloche mes froufrous au fil des flots.
Je trousse mes jupons transparents, pas trop tout de même !
Il ne faut pas montrer mes jolis dessous, juste le frisottis de mon tutu. »

Elle est sympa cette méduse, hein ? Pourtant, le drame arrive, inévitablement : une petite fille se fait piquer et son papa, furieux, attrape la malheureuse méduse dans une épuisette avant de la jeter sur le sable.
On croit alors assister à l'injuste agonie du mollusque qu'on commençait décidément à apprécier... jusqu'à ce que la petite fille profite de l'inattention de ses parents pour rendre sa liberté à la méduse ! Une forme d'amitié se lie entre les deux êtres, qui se retrouveront des années plus tard et danseront ensemble dans le bleu de l'océan.


J'ai été véritablement charmée par les illustrations magnifiques d'Alexandre Huard (j'ai rarement vu un album aussi beau !) puis par la plume de Béatrice Fontanel, qui use merveilleusement bien des figures de style ! J'ai vraiment eu peur que la méduse finisse desséchée sur la plage, avant de me rappeler que cela reste un album pour enfants, et que le happy end allait donc sûrement être de rigueur... et je n'ai pas été déçue !

(c) Alexandra Huard

Je vous glisse en bonus le lien vers le blog de l'illustratrice, ainsi que celui d'un dessin animé partagé par Alexandra Huard pour faire la promotion de l'album !

Béatrice Fontenel (texte) et Alexandra Huard (dessin) / Je suis la méduse / Paru en 2016 chez Les fourmis rouges / 37 pages

dimanche 29 mai 2016

J'ai laissé mon âme au vent – Roxane Marie Galliez & Eric Puybaret



Il est très difficile de surmonter le décès d'un proche, mais c'est sans doute encore plus difficile de l'expliquer à un enfant. C'est ce que propose ce très bel album écrit par Roxane Marie Galliez. Le héros, un jeune garçon, vient de perdre son grand-père, et ne comprend pas forcément tout ce que cela implique. A chaque page, le vieil homme s'adresse à son petit-fils pour lui expliquer que tout ira bien, et qu'il sera toujours auprès de lui.


« Ce n'est plus moi qui t'offrirai des friandises
Mais dans ta mémoire, j'ai placé d'autres gourmandises
Mange la vie
Mords dedans »

Le défunt a laissé son âme au vent, et appartient désormais à la nature. Il survit dans les arbres, dans le sable, dans l'eau et dans le ciel. C'est une alternative très poétique, sans la connotation religieuse que peut avoir l'idée de "monter au ciel".


Les illustrations très douces d'Eric Puybaret dénotent la paix du grand-père et son harmonie avec la nature.

« C'est vrai, le sel de la mer va me manquer
Et tes baisers, et tes baisers
Mais je porterai les ailes des moineaux
Pour leur apprendre à voler
Je ferai chanter les feuilles des arbres qui se croyaient trop vieux »

Je n'ai pas grand chose de plus à dire sur ce magnifique album que je conseille à tous les enfants qui ont perdu un proche et qui ont du mal à l'accepter, ou simplement qui se questionnent sur la mort.
Cet album est un véritable hymne à la vie et au souvenir !












Bonus !

A la fin de l'album, on trouve un petit sachet de graines d'immortelles, des jolies petites fleurs qui ont la réputation de ne jamais mourir, et dans lesquelles votre enfant pourra toujours retrouver la personne qu'il a perdu...



Roxane Marie Galliez (texte) & Eric Puybaret (illustration) / J'ai laissé mon âme au vent / paru en 2013 aux éditions De La Martinière jeunesse / 20-30 pages / Pour tous les âges

lundi 18 avril 2016

La longue marche des doudous – Claire Clément et Geneviève Godbout


Alors qu'il doit aller au lit, Mehdi essaie de mettre la main sur son doudou, une peluche éléphant avec des grandes oreilles. Mais Fanfan est introuvable. Nous sommes le 23 décembre, et tous les ans, Fanfan doit s'absenter pour accomplir sa mission de doudou : il doit se rendre jusqu'au Pôle Nord pour dire au Père Noël quel cadeau son protégé veut voir au pied du sapin le jour J. La fidèle peluche brave donc le mauvais temps de l'hiver et rejoint les autres doudous afin qu'ils entreprennent tous ensemble la longue marche des doudous.
Parmi eux, il y a Lapinou, le doudou de Zoé, que Fanfan va porter sur son dos parce que la petite fille lui a tellement mâchouillé la jambe qu'il est devenu boiteux. Il y a aussi Toutusé, Zigouigoui, Nounours, et tout ce petit monde avance courageusement dans la neige en se racontant des anecdotes de doudous, jusqu'à ce qu'ils atteignent enfin la maison du Père Noël. On a alors droit à des dialogues remplis de générosité, où les doudous conseillent le Père Noël sur ce qu'ils considèrent comme le meilleur cadeau pour les enfants à qui ils appartiennent. Et le gros bonhomme vêtu de rouge d'ajuster ces conseils grâce à sa légendaire expérience des enfants ! Et puis comme c'est touchant que Nounours s'occupe également du voisin de Lou, Arturo, qui n'a pas de doudou et qui ne reçoit donc pas toujours les cadeaux qui lui conviennent ! Après les demandes raisonnables viennent celles, si naturelles dans la bouche des enfants, que le Père Noël ne peut pas réaliser : le petit frère tant attendu, le retour d'un être cher parti au ciel,... Dans ces cas-là, les enfants auront droit à des livres pour leur expliquer comment marchent les choses de la vie (quoi de mieux qu'un livre pour ça ahah !).
Rentrés dans leur foyer respectif, les doudous assistent au réveil de leurs protégés. Mehdi s'extasie devant son costume de pirate – Oh il est trop fort, le père Noël ! - tout en serrant son éléphant dans ses bras.
Mission accomplie les doudous !


N'hésitez pas : cette histoire est tout simplement magique ! On est dans la même idée que la traditionnelle liste au Père Noël, mais qu'est-ce que c'est plus mignon ! Imaginez, ça donne un rôle encore plus important aux doudous de notre enfance, qui sont présentés dans cet album comme de véritables anges gardiens.
C'est rapide, c'est adorable, ça plaira autant aux petits qu'aux grands (la preuve, je l'ai acheté pour moi...). De plus, vous serez sans aucun doute charmés par les magnifiques illustrations de Geneviève Godbout. Des couleurs froides, dans les nuances de bleu et de violet, mais qui donnent une douceur incroyable à cet album. Et l'atelier du Père Noël, chaleureux, comme lui !

Voici d'ailleurs le lien vers le site internet de l'illustratrice, parce que ces dessins sont géniaux !!! http://www.genevievegodboutillustration.com/




Claire Clément et Geneviève Godbout / La longue marche des doudous / Album paru en 2012 aux éditions Milan / 24 pages

dimanche 13 mars 2016

Otto, autobiographie d'un ours en peluche – Tomi Ungerer




«  J'ai compris que j'étais vieux le jour où je me suis retrouvé dans la vitrine d'un antiquaire.  »



     Otto est un ours en peluche, offert au petit David pour son anniversaire. Dans l'Allemagne des années 40, l'ours connait une existence paisible, de jeux et de farces, au côté de son ami et d'Oskar, leur voisin. Mais quand David rentre de l'école avec une étoile jaune cousue à sa veste, puis quand sa famille est contrainte de quitter leur logement et sont emmenés vers un ailleurs incertain, Otto est confié à Oskar. Le quotidien est empli de la nostalgie de leurs jeux passés, jusqu'à ce que la guerre éclate... Séparés de ses deux protégés, Otto passe de main en main, de pays en pays, et nous dévoile à travers son parcours atypique les différentes facettes de la Seconde Guerre Mondiale.



   J'ai lu cet album pour la première fois lorsque j'avais neuf ans, et à l'époque il m'avait fait un effet considérable. Tomi Ungerer est souvent critiqué pour la violence de ses albums, qui n'épargnent pas forcément les enfants. Les critiques vont bien trop loin à mon avis : Tomi Ungerer est pour moi un incontournable de la littérature de jeunesse, qui aborde effectivement des thèmes délicats mais de telle façon qu'il montre la réalité aux enfants, et seulement la réalité qu'ils sont capables de supporter. Oui, on aperçoit du sang et deux cadavres au fil des pages. Et alors ? Il faut faire confiance aux enfants pour prendre instinctivement du recul en ce qui concerne les images. Malgré les illustrations parfois sombres, les pages restent blanches, ce qui les empêchent de devenir effrayantes.

Cet album est un bijou. C'est avec lui que j'ai abordé pour la première fois le thème de la Seconde Guerre mondiale en dehors des cahiers d'école. Ungerer répond à certaines questions des enfants, tout en laissant une large ouverture à d'autres interrogations : aux parents d'expliquer ce que sont les « camps de concentration » et les « chambres à gaz » qui sont seulement évoqués à la fin. Et n'ayez pas peur pour vos enfants : c'est un happy end malgré tout !



POUR CEUX QUI L'ONT LU...
/!\ spoilers

     Otto donne vraiment à voir des aspects divers de la guerre, et tout en dévoilant un peu sa réalité, montre par sa fin « heureuse » que cette guerre horrible n'a pas non plus détruit le monde et l'humanité. Rappelez-vous ce soldat américain touché par balle car il a été interpellé par la vision de cet ours en peluche couché parmi les gravas, ou cette vieille SDF qui sauve l'ourson de la benne à ordures où il allait passer le reste de ses jours pour le confier à un antiquaire... Enfin, rappelez-vous Oskar et David qui, alors qu'ils se sont quittés, enfants, au début de la guerre, se retrouvent finalement pour former avec leur fidèle compagnon en peluche une colocation de septuagénaire !
Envie de le relire ? Foncez ! Mettez-le entre les mains de vos enfants, ainsi que les autres albums de Tomi Ungerer !


Tomi Ungerer / Otto, autobiographie d'un ours en peluche / paru en 1999 à l'Ecole des loisirs / 33 pages / Officiellement à partir de 6 ans (mais je vous conseille d'attendre les 8 ans)